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Le mot du Président

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Festival des Nouvelles Explorations

En créant l'association destinée à porter ce festival, Bettina Laville et François Marot souhaitaient équilibrer l'équipe de base, en la complétant par un profil résolument scientifique.
C'est en résumé ce qui explique ma présence. Ma spécialité est d'être un physicien qui étudie l'atmosphère de la planète Terre et ses limites. En allant de la très haute atmosphère, ce qu'on appelle ionosphère, au-dessus de 100 km ; à la troposphère, l'atmosphère météorologique, celle dans laquelle nous vivons, et plus spécialement les événements convectifs, les fronts, les précipitations. Finalement jusqu'au sol et son humidité de surface, ce qui m'intéresse encore aujourd'hui.
Le laboratoire qui m'accueille s'appelle Institut Pierre Simon Laplace. J'y côtoie Jean Jouzel, qui est l'un de nos climatologues les plus renommés.
J'habite en région parisienne, mais nous avons acheté un terrain en 1988 à Saint-Palais, et à présent nous y avons une maison, et nous y allons de plus en plus souvent.
Mais voici la preuve la plus indiscutable de mon attachement au pays royannais : c'est à Malakoff, en 1997, qu'on m'a retiré la vésicule biliaire. Voilà un témoignage de confiance qui ne trompe pas.
La première fois que Bettina Laville m'a parlé des nouveaux explorateurs, j'ai fait la moue. Pourquoi ? Parce qu'une citation s'est imposée dans ma tête et a refusé de la quitter. C'est une phrase très courte, la première phrase d'un livre célèbre, écrit par un grand savant, paru en 1955. Il commence son livre en fanfare, ainsi : "Je hais les voyages et les explorateurs".
Monsieur le député maire, vous savez qui c'est n'est-ce pas. Quelqu'un dans la salle veut nous le dire ? Il n'y a rien à gagner hélas.
Oui c'est bien "Tristes Tropiques" de Claude Lévi-Strauss.
Finalement je me suis résolu à relire le livre lui-même en allant au-delà de la première phrase. Et là je me suis aperçu que Lévi-Strauss nous avait raconté des salades ; disons qu'il n'était pas tout à fait sincère.
Il voulait donner l'image d'un chercheur austère, qui n'a rien de plus pressé que d'aller sur le terrain, faire son travail, rassembler des données, faire des observations, échafauder des théories, et avec ça produire de la science.
En réalité, Claude Lévi-Strauss adorait les voyages. Dans les 30 premières pages de Tristes Tropiques, il ne parle guère que de cela, et avec une allégresse qui ne trompe pas.
Quant à son hostilité à l'égard des explorateurs, elle ne s'étend pas à l'exploration, au contraire. Le grand ethnologue, qu'il le dise ou non, se livrait à l'exploration comme la plupart des chercheurs, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, et cela nous ramène à l'intitulé du festival.
Explorer, c'est me semble-t-il se lancer à l'assaut de territoires inconnus. Si on prend cette définition au sens large, beaucoup de chercheurs sont peu ou prou des explorateurs. La plupart du temps, ils ont des guides, des collègues qui ont défriché au moins en partie le terrain et qui leur signalent les endroits mal connus.
Si l'exploration est réussie, elle débouche sur quelque chose d'extraordinairement motivant, dont tout le monde connait le nom, qui n'a pas changé depuis 500 ans : nous appelons cela une découverte. Il peut y avoir des découvertes d'amplitude cosmique, et aussi des découvertes minuscules, mais le sentiment d'euphorie est le même
Pour le chercheur, l'histoire ne s'arrête pas là : la découverte accroit la connaissance, mais pas nécessairement la compréhension. Par définition, la découverte est inattendue : presque toujours, elle est alors inexpliquée. La tâche n'est pas terminée.
Je suis en train de vous tenir un discours comme quoi explorer et faire de la science, ça se ressemble beaucoup. Il faut tout de même nuancer.
Ainsi notre festival 2016 met un accent sur l'exploration géographique, celle que tout le monde connait, celle qui conduit à sillonner la planète, sur la terre ou la glace, sur l'eau, dans les airs  et pour cela à accomplir des exploits.
Ensuite tout un pan du programme ne renvoie pas à de la science, mais braque plutôt le projecteur sur des innovations : souvent techniques, parfois sociétales.
Les innovations marquent avec éclat que le monde change. Est-ce qu'il change trop vite ? En tout cas c'est de plus en plus vite que les innovations le transforment.
Ce processus n'est absolument pas indépendant de la science. La science est derrière les objets technologiques comme les robots ou les drones, discrète mais bien présente. Plus exactement : elle les précède !
Vous savez certainement qu'il y a cette année 2016 un Français parmi les trois lauréats du prix Nobel de chimie. Il s'appelle Jean Pierre Sauvage, il travaille à Strasbourg. Avec ces collègues, ils ont imaginé, inventé et réalisé des molécules extraordinaires, qui répondent par un mouvement mécanique à des stimulations électriques ou chimiques ; des molécules qui peuvent s'allonger, tourner, se contracter, sur ordre, et tout ça à l'échelle du nanomètre. Ca leur a pris des lustres ; il faudra encore du temps avant d'arriver aux innovations, dont le potentiel est fabuleux. Pourquoi je vous dis cela ? Pour illustrer que le champ des nouvelles explorations est vaste, et fertile. Il n'y aura qu'à piocher dedans pour alimenter les festivals des années qui viennent. Mais pour commencer, je vous souhaite un excellent festival 2016.

Philippe Waldteufel


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